En Afrique, des millions de gens vivent de leur cheptel. Mais les soins vétérinaires sont souvent insuffisants. Lorsque les éleveurs perdent leurs troupeaux, décimés par la maladie, la sécheresse ou les conflits, ils perdent tout : leur fierté, leur culture, leur épargne et leur garde-manger. En soignant le bétail et en améliorant la production, Vétérinaires Sans Frontières lutte contre la faim et la pauvreté.

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09 juin 2017

République Démocratique du Congo : les promesses de l’élevage de lapins

Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, la province du Nord-Kivu est en proie à l’instabilité et aux conflits armés récurrents. Dans les territoires de Beni et Lubero, où les emplois sont peu nombreux et les revenus faibles, Vétérinaires Sans Frontières et son partenaire Réseau Wima interviennent auprès de familles vulnérables en les formant à l’élevage des lapins. Pour leur permettre de les vendre facilement et d’en tirer un prix juste, ils ont aussi entrepris de dynamiser toute la filière.

Tous gagnants, du producteur au consommateur

L’organisation a mis en place un système de vente groupée pour les agro-éleveurs. Grâce à ce système, les revendeurs, situés dans les grandes agglomérations, peuvent acheter de plus grandes quantités de lapins à la fois sans multiplier les déplacements vers les villages en zone rurale. Les éleveurs sont aussi gagnants : la vente des lapins au kilo et à un prix fixe leur garantit de meilleurs prix. De plus, leur revenu est net puisqu’ils évitent les taxes pratiquées au marché et n’ont aucun frais de transport. Les ventes ayant lieu à des dates précises, ils peuvent aussi mieux planifier leurs rentrées d’argent.

Pour disposer de capital afin d’acheter les lapins aux producteurs, les revendeurs ont accès à un crédit à tour de rôle. Des points de vente ont également été construits dans des lieux stratégiques en milieu urbain pour leur donner plus de visibilité et leur permettre d’écouler plus facilement leur marchandise.

Le lapin, viande de luxe

La valeur du lapin augmente à chaque maillon de la chaîne, mais ce sont les producteurs qui en retirent le plus : 6,6 euros par lapin de 2,4 kg en moyenne. L’amélioration de la collecte et de la revente a aussi permis le développement de nouvelles activités dans la région. Dans les grandes agglomérations, des charcuteries de lapin ont ouvert, la vente de fourrage s’est intensifiée et les restaurateurs se sont mis à cuisiner la viande de lapin, qui est aujourd’hui considérée comme un produit de luxe.

Vendeur de brochettes, un métier qui rapporte

Depuis quelques années, Kasereka Mbueki, cuisinier à Butembo, s’est mis à vendre des brochettes de lapins : « En 2014, Vétérinaires Sans Frontières m’a invité à préparer quelques recettes à base de viande de lapin pour la Journée mondiale de l’alimentation. Le public a beaucoup apprécié mes brochettes et plusieurs personnes ont pris mes coordonnées pour me passer commande. Devant un tel engouement, j’ai décidé de continuer à cuisiner des lapins et de faire le tour de la ville. En dehors des festivités, je vends en moyenne quatre lapins par jour, ce qui me rapporte un bénéfice net d’environ 4,7 euros par jour et 123 euros par mois. C’est un bon salaire ici, peu de gens gagnent autant d’argent. Jusqu’à présent, cela me permet de subvenir aux besoins de ma famille. Les gens savent que je travaille dur et que j’ai un certain savoir-faire, ça m’attire des clients. Je suis de plus en plus sollicité pour cuisiner des brochettes de lapin pour des festivités ou des mariages. »