Dierenartsen Zonder Grenzen

NIGER: Du fromage artisanal à Niamey améliore les revenus de groupements de femmes

Dans quelques mois, un fromage adapté aux réalités du terrain sera vendu dans la ville de Niamey.La mini-laiterie, mise en place par Vétérinaires Sans Frontières dans la périphérie de Niamey, a pour but d’améliorer les revenus des femmes et de diversifier leur production pour le bonheur des consommateurs.

Nous sommes dans la mini-laiterie Ballitari, dans le quartier Foulan Koira, zone périurbaine de Niamey. Un bâtiment blanc, comme le lait et les produits dérivés vendus ici. Les femmes du groupement Ballitari font les comptes. Le produit du commerce de la veille sera réinjecté dans l'achat du lait de cette matinée. 
10h 30, le premier collecteur est à la porte. Il détache de la selle de son vélo un gros bidon jaune et deux plus petits, et les dépose à l'entrée. Interdiction d'aller plus loin. Ici, les femmes règnent en maîtres. Hygiène oblige, les allers et retours dans l'enceinte de la laiterie sont très réglementés… Le collecteur va devoir un peu patienter. Le lait de ses bidons a une batterie de tests à passer. Ces dames du groupement n'achètent pas n'importe quoi à n'importe qui : le lait acheté à la laiterie est un lait sain.


L’hygiène avant tout

La cour de la laiterie devient ruche. Deux abeilles s'activent, éponge à la main. Leur mission : nettoyer et désinfecter, au détergent, bassines et récipients. Deux autres entassent le petit bois et y boutent le feu. Les deux dernières disposent seringues, alcool et bombonne de gaz sur et sous la tablette. Elles vérifient la qualité des échantillons prélevés des bidons du collecteur. Elles traquent les micro-organismes nocifs à la santé du consommateur. Les bidons du collecteur sont testés les uns après les autres. Test réussi. Lait accepté et acheté. Aussi vite que possible, le breuvage est filtré une première fois. Puis une seconde fois. Il est versé dans la grande marmite en inox posée sur le feu. Le lait du collecteur est pasteurisé avant sa transformation: le lait traité à la laiterie est un lait sain. «Avant on travaillait individuellement chez nous,» explique Zenabou Djadjé, secrétaire du groupement Ballitari. «On perdait souvent notre production parce que le lait se gâtait ou que nous manquions d'expérience. Aujourd'hui, on a la laiterie et on travaille ensemble. Avec les formations que nous avons reçues, on a beaucoup moins de pertes et donc un peu de sous pour les besoins de la famille, pour les fournitures scolaires des enfants par exemple.»



Une source supplémentaire de revenus

Après le contrôle du lait vient la transformation et puis la commercialisation. Le lait pasteurisé est vendu frais, caillé ou sous forme de beurre. Bientôt les femmes du groupement Ballitari seront en mesure d'élargir l'éventail de leur produit : du fromage viendra compléter leur rayon. Petite révolution, donc. Actuellement le fromage est testé, évalué auprès des consommateurs. D'après les premiers constats, le fromage est très apprécié. Les agents du partenaire local Karkara poursuivent l'encadrement du groupement Ballitari. «On veut que 2008 se termine avec le fromage !» lance le Dr. Boukary Abdou Razac, chef du projet «Lait sain pour le Niger». La réaction des femmes est évidemment enthousiaste. «La nourriture est chère et les familles ont beaucoup de difficultés», reprend la présidente du groupement, Zenabou Soumana. «Maintenant qu'on sait fabriquer du fromage, les choses vont, on l’espère, encore changer.» La fabrication du fromage et sa vente seront une source supplémentaire de revenus.


Augmentation du niveau de vie

Les femmes sont un maillon de la chaîne des bénéficiaires. «Lait sain pour le Niger» a été lancé en 2005 sur un constat : 25 % du lait produit en périphérie de Niamey était refusé aux portes des laiteries modernes. Trois années et de multiples formations plus tard, ce taux de refus est descendu à 2 %. Le fruit d'un long travail auprès de 1600 producteurs de lait, 120 collecteurs et 4 groupements féminins. Un travail qui a notamment insisté sur l'importance des règles hygiéniques : propreté de l'environnement, du matériel et du producteur. Outre l'amélioration de la qualité du lait et l'impact indubitable sur la santé, l'ensemble des bénéficiaires a vu son niveau de vie augmenter. Les femmes transformaient 1 à 10 litres de lait par jour. Actuellement les chiffres peuvent atteindre 50 litres. Quant aux collecteurs, ils se déplacent à présent sur deux roues. Des vélos financés par le projet. De quoi doubler les quantités transportables: ils passent de 20 à 50 litres par jour. Un jour peut-être, les Niameyens croiseront des vélos surmontés de glacières remplies de fromage...